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« Les dispositifs de soutien à la rénovation énergétique doivent être stables »

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Paris | Entretien avec Jonathan Louis
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Jonathan Louis | Crédit photo : privé
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Comment accélérer la rénovation énergétique malgré des budgets restreints ? Jonathan Louis de l'ADEME, en interview avec Arthur Frantz, évoque la justice sociale, les nouvelles approches de financement et l'importance de la stabilité des programmes de subvention.
Date de publication / Veröffentlichungsdatum
25.11.2024
Contenu / Inhalt
Texte / Text

Propos recueillis en français par Arthur Frantz
Traduits vers l'allemand par Annette Kulzer

 

Jonathan, c’est la première fois que tu viens à Chemnitz. Quelles sont tes impressions à la découverte de la ville ?

Très spontanément : ce qui me frappe, comme dans d’autres endroits en Allemagne où j’ai pu aller, c'est que le patrimoine bâti allemand est très différent du patrimoine français. Certaines spécificités françaises, notamment un patrimoine très ancien en cœur de ville, se retrouvent moins en Allemagne. J’ai l’impression qu’il y a une plus grande homogénéité ici, peut-être plus propice au développement de solutions industrielles en matière de rénovation énergétique.

Les défis sont donc différents, mais les objectifs de rénovation sont similaires en France et en Allemagne : la France veut atteindre un parc bâti climatiquement neutre d’ici 2050. Selon toi, est-ce atteignable ?

Ce n’est pas ainsi que je poserais la question. L’enjeu central est de savoir ce qui se passe si on n’atteint pas les objectifs. Le premier sujet renvoie à l’ampleur des effets du changement climatique si les pays ne respectent pas la trajectoire des accords de Paris, et les conséquences qui s’en suivront pour ce qui concerne l’adaptation au changement climatique.

L’autre volet, dont on parle moins, concerne l’approvisionnement en énergie. Les récents événements internationaux ont montré que l’accès aux énergies fossiles va être probablement de plus en plus complexe, rare et cher. Cela pose en retour une question sociale, celle de la précarité énergétique : si on ne massifie pas la rénovation énergétique, comment les gens vont-ils se chauffer ?

Témoignage / Text
« L’enjeu, c’est de savoir ce qui se passe si on n’atteint pas les objectifs. »
Texte / Text

Pendant les réunions franco-allemandes de notre Forum, tu as discuté avec d'autres experts de la meilleure manière d'accélérer la rénovation énergétique des bâtiments sans que les ménages à faibles revenus soient désavantagés. Cette dimension sociale est une composante forte de nos recommandations politiques. Où observes-tu des différences entre les approches allemande et française ?

Côté français, les dispositifs sont très orientés vers les publics les plus précaires. Cela a été le cas depuis le début des aides à la rénovation et cela s’est renforcé au fil du temps, peut-être de façon un peu trop prononcée. Les ménages plus aisés, pourtant concernés et souvent désireux d’engager des rénovations globales, n’ont été que très peu soutenus. Il y a eu des rééquilibrages grâce à la refonte de MaPrimeRénov’ entrée en vigueur en 2024.

Contrairement à l’Allemagne, où des incitations concernent les propriétaires bailleurs, les dispositifs incitatifs français sont moins spécifiquement axés sur les propriétaires qui mettent leur bien en location. Ces propriétaires font au contraire l’objet de des dispositifs règlementaires d'interdiction (location des passoires thermiques, ndlr).

Le manque de financement est un obstacle majeur à la massification de la rénovation énergétique. En tant que coordinateur sur les sujets d’innovation à l’ADEME, tu travailles à lever ce frein. Peux-tu nous en dire plus ?

J’ai travaillé auparavant sur la mise en place du service public pour la rénovation énergétique, dont la mission est d’accompagner les propriétaires dans leurs projets. L’ADEME était pionnière sur ce sujet, avant une massification du dispositif public d’aide à la rénovation en 2019, accompagnée de forts financements. Il y a là aussi une différence avec l’Allemagne : les politiques publiques françaises reposent beaucoup sur des dispositifs nationaux et sur le concept de service public, ce qui a est essentiel notamment quand on raisonne en termes de neutralité, d’égalité et d’indépendance. En Allemagne, le rôle du secteur privé semble plus important.

Je travaille à présent à mobiliser justement le secteur privé pour l’accompagner dans la création d’offres intégrées. C’est le but de l’appel à projet ORENO monté avec les fonds d’innovation France 2030. Ses lauréats sont des consortiums qui intègrent toutes les compétences de la rénovation énergétique, depuis la conception jusqu'au financement. Concrètement, pour les ménages et copropriétés, ces consortiums proposent un accompagnement complet et une avance des coûts des travaux.

Témoignage / Text
« La rénovation doit fonctionner avec moins de subventions publiques. »
Texte / Text

Il s’agit donc d’un levier pour financer la rénovation dans un contexte budgétaire contraint dans les deux pays ?

Tout à fait. La rénovation est un marché complexe avec de nombreuses parties prenantes L’amorçage du marché et sa massification sont essentiels pour atteindre les objectifs de politiques publiques dans ce domaine. Ceci nécessite des subventions. Néanmoins, un équilibre est à trouver en mobilisant plus massivement le financement privé.

Plus largement, en cette période politique et budgétaire inédite, quels sont les aspects qui te préoccupent particulièrement concernant les politiques de rénovation ?

Les dispositifs de soutien à la rénovation énergétique doivent être stables. Ce sont des politiques de long terme, qui nécessitent d’embarquer beaucoup d’acteurs. La moindre fluctuation des dispositifs peut décourager les ménages et les entreprises….

Je veux souligner que les dépenses publiques pour la rénovation énergétique génèrent énormément de retombées. Un euro investi dans les subventions permet de lancer des travaux, de générer de la TVA, des cotisations sociales, de l'activité économique, du PIB – c’est essentiel à l'heure où le secteur du bâtiment subit une crise majeure.
 

Merci pour cet échange !

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À propos de Jonathan Louis

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Jonathan Louis est ingénieur bâtiment depuis seize ans et chargé de la coordination des acteurs du bâtiment à l’ADEME depuis 2012. Il y supervise la stratégie « Ville durable et bâtiments innovants » du programme France 2030. Il pilote, entre autres, des études sur la mesure de performance énergétique et sur les conditions de réussite de la rénovation énergétique.

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L'ADEME en bref

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L'Agence de la transition écologique (ADEME) est un acteur clé en France pour la promotion de la transition écologique. En apportant un soutien financier et de l'expertise, elle accompagne les territoires, les citoyens et les acteurs économiques dans la mise en œuvre de solutions durables. Elle participe aussi à l'élaboration des stratégies climatiques françaises en produisant un travail de prospective et de recherche sur les sujets d'innovation.