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La nature en ville : un regard vers le passé

État / Zustand
Critique de livre
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Kurz gemähter Rasen mit Blumenbepflanzungen, Bäumen und Gehwegen.
Légende
C'est au XVIe siècle que le Jardin des Tuileries a été aménagé à Paris. Déjà à l'époque, le verdissement de la ville servait à la détente. | Crédit photo : Jean-Pierre Dalbéra CC BY 2.0
Accroche / Aufhänger
Selon Antoine Picon, les espaces verts en ville reflètent toujours les enjeux techniques, sociaux et politiques de leur époque. Marie-Cécile Milliat s'est immergée dans l'ouvrage « Natures Urbaines » et y a trouvé des parallèles fascinants entre le passé et le présent.
Date de publication / Veröffentlichungsdatum
25.11.2024
Contenu / Inhalt
Texte / Text

Par Marie-Cécile Milliat
Traduit vers l'allemand par Annette Kulzer
 

Le Forum pour l’avenir franco-allemand s’est prononcé dans ses recommandations 2023 pour un verdissement des collectivités allemandes et françaises. Pour mieux appréhender l’évolution de cette dimension à moyen terme, il n’est pas inutile de revenir en arrière. C’est ce que fait l’Académicien français, membre de l’Académie des Technologies, Antoine Picon, architecte de formation, dans un ouvrage publié au printemps 2024.

Celui-ci, complété de très belles illustrations (cartographies et peintures d’époque) a une vocation largement rétrospective et modérément prospective, tant les incertitudes sont grandes dans le domaine de l’aménagement urbain comme dans d’autres. Il démarre par un état des lieux au XVIIème siècle, dans la sphère occidentale. Dès cette époque, on souhaite assainir la sphère urbaine par la plantation de différents végétaux. Au XIXème siècle, sous l’effet de la révolution industrielle, un prolétariat ouvrier naît dans les villes, et avec lui le « spectre » de la lutte des classes. Aux considérations hygiénistes, qui ne faiblissent pas, se superpose une volonté de pacifier l’espace, ce à quoi doit contribuer la présence de la nature. On retrouve le souci de moralisation des individus et du perfectionnement de la société tels que prônés par le philosophe Rousseau. Antoine Picon souligne combien deux siècles plus tard, on est loin d’une nature idyllique qui ne connaît pas de luttes acharnées entre les espèces. Depuis une dizaine d’années, la crise environnementale vient bousculer les certitudes et les usages. Comme l’a bien montré le Forum pour l’avenir, elle impose de lutter toujours davantage contre les îlots de chaleur dans les villes.

Entre héritage, présent et avenir : un parallèle des logiques

La présence de la nature de la ville « bas-carbone » fait aujourd’hui l’unanimité. La mise en œuvre soulève de multiples questions comme le démontre, page après page, l’auteur. Les urbanistes d’aujourd’hui sont-ils vraiment différents des ingénieurs d’hier qui se pensaient sur la voie d’une domination complète de la planète (et de la nature) grâce aux sciences et à la technique ? Exemple de cette environnement remodelé, la création de Central Park a nécessité 166 tonnes de poudre à canon pour faire sauter la roche, avant le transport de 4 millions de mètres cube de cailloux divers et de terres. Soit autant que pour la bataille de Gettysburg. Peut-on au XXIème siècle vraiment sortir d’une logique de contrôle et d’encadrement, quand la mise au point des « trames vertes » renvoie à un nouvel outil de planification ?

Les espaces verts reflètent les enjeux techniques, sociaux et politiques

Sans solutions toutes faites, A. Picon invite notamment à repenser les frontières traditionnelles entre les savoirs, avec la mobilisation de ressources et d’expertises qui s’entrecroisent toujours davantage sur le terrain. Ces « infrastructures », comme il se plaît à les appeler, « vertes », du sol (à étudier et à revitaliser particulièrement) à l’air, doivent être conçues comme des compléments aux « infrastructures grises » qui minéralisent l’espace. A. Picon ne s’attarde pas sur la question des ressources financières à mobiliser, sauf à dire que la « nature en ville » occasionne des dépenses importantes, que la seule spéculation financière ne peut couvrir en totalité. De telles pistes n’auraient sûrement pas déplu aux parties allemandes et françaises ayant travaillé ensemble pour le Forum pour l’avenir.

Autre déception possible, celle de constater que les origines du verdissement en Europe sont avant tout françaises et anglaises. Des références allemandes ne s’imposent que plus tard, quand il s’agira de requalifier des friches industrielles. La requalification de la Ruhr en un ensemble de parcs et la réhabilitation de la rivière Ermscher sont citées en exemple. A. Picon salue l’intention de renforcer la démocratie, en valorisant un espace où toutes les composantes de la société allemande peuvent se rencontrer.

Titre de la section / Titel

Conseil de lecture

Texte / Text

Antoine Picon : Natures Urbaines – Une histoire technique et sociale 1600-2030, Éditions du Pavillon de l’Arsenal, avril 2024